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25 septembre 2016

Thomas Cook, Sur les hauteurs du mont Crève-Coeur

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Seuil, 21,50€

UN ROMAN NOIR QUI ENLACE LE LECTEUR COMME UN NŒUD COULANT.

Encore une plongée troublante dans les pensées d'un personnage complexe imaginé par Thomas Cook. « Voici le récit le plus tragique qu'il m'ait été donné d'entendre. Toute ma vie, je me suis évertué à le garder pour moi » nous annonce-t-il au début.

Le narrateur, Ben, devenu un médecin de campagne respectable et apprécié, est hanté depuis trente ans par le visage de la magnifique Kelli. Des souvenirs vivaces, trop lourds, le ramènent sans cesse dans l'Amérique profonde et raciste des années 60 quand ils étaient au lycée. Il l'aimait. Elle en aimait un autre. Elle voulait « vivre à la hauteur de ses aspirations, regarder la vie en face, avec courage, voire de temps à autre, héroïsme » et surtout ne pas passer sa vie à se décevoir ou à avoir peur. Elle n'en n'aura pas l'occasion. On l'a agressée. Le coupable a été emprisonné et la vie a continué. Mais voilà, cette histoire semble n'avoir aucun sens. « Qu'allait faire Kelli sur le Mont Crève-Coeur ce jour-là ? Qu'allait-elle chercher, seule, dans la profondeur de ce bois ? »

Ben, poussé par sa conscience et par les questions suspicieuses de son ami Luke, interroge son passé, comme un historien (le premier métier de Thomas Cook), pour essayer de comprendre ce qui s'est vraiment passé en établissant l'hypothèse la plus cohérente possible tout en sachant qu'il n'a pas tous les éléments pour remplir les blancs et que « l'imagination s'obstine à tout réécrire ». Comme lui, le lecteur voit se dessiner peu à peu le motif principal du puzzle malgré les pièces manquantes au gré du récit de ses souvenirs.

Une enquête minutieuse sur le Mal, sur la genèse de la haine, sur des vies brisées par des paroles assassines, par la suspicion.

Extrait: Ben vient de retirer un ver d'un patient : Il s'était contorsionné sans fin à l'extrémité des pinces en métal et, tandis que j'observais son corps verdâtre se tordre avec malice, il en avait émané un terrible sentiment de menace comme si, dans ce petit parasite, j'entrevoyais la malveillance qui se tapit au cœur de la vie. Et alors, je me suis dit : "Le voilà, le mal."

Glacé, on referme ce livre construit comme une confession.

Brillant et bouleversant.

Hugues

18 septembre 2016

Steve Toltz, Vivant, où est ta victoire ?

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Belfond, 22,50€

UN ROMAN MÉLANCOMIQUE QU'AURAIT PU ÉCRIRE CIORAN.

Un écrivain raté, devenu flic par dépit, décide d'écrire la vie de son ami Aldo, un loser qui va d'échec en catastrophe, « toujours la mauvaise personne dans le mauvais costume énonçant la mauvaise phrase sur le mauvais ton au mauvais endroit au mauvais moment à la mauvaise personne ou aux mauvaises personnes, exsudant en permanence l'instabilité ».

Il y a une nécessité, une urgence à écrire chez Steve Toltz. Avec un style excessif, foisonnant et dense, il signe un roman passionnant et, malgré la noirceur du sujet, on lit à gorge déployée. L'auteur semble affronter ses grandes terreurs à travers les mésaventures de son héros qui brave l'absurdité du monde et de l'existence, comme le Sisyphe de la couverture, en se demandant : "Vivant, où est ta victoire ?".

On finit le roman épuisé et repu, résonnant de questions et d'éclats de rire.

UNE ÉPOPÉE JUBILATOIRE OÙ TOUS LES CHEMINS MÈNENT À L'HOMME.

Hugues

14 septembre 2016

Songe à la douceur, Clémentine BEAUVAIS

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Sarbacane, Coll. Exprim', 15,50€

ET SI VOUS RECROISIEZ VOTRE ADOLESCENCE ?

Que faire des braises du passé ?

S'y réchauffer ? S'y bruler* ?

S'enflammer dans tous les cas...

Voilà ce qui arrive aux deux personnages très attachants de cette réécriture du roman et de l'opéra Eugène OUNÉGUINE.

Malgré ce carcan, Clémentine BEAUVAIS fait preuve d'une liberté enivrante et fait palpiter les mots tout autant que les cœurs.

Ses phrases légères, virevoltantes, sans jamais être creuses, ses vers libres et une typographie expressive rendent parfaitement compte des changements de rythmes propres aux histoires d'amour.

Grâce à un style inventif permanent, l'auteur réactualise les aventures du cynique Eugène et de la rêveuse Tatiana avec cette romance 2.0 qui se tisse à l'époque de Facebook, Skype et des SMS capables de rendre omniprésent l'absent. Il avait le dessus. Il ne l'a plus quand ils se retrouvent 10 ans après...

On suit ces deux héros comme on regarde un funambule dans le ciel en se demandant, avec l'auteur, si on a déjà vécu ou si on vivra un jour qui nous résume.

UN LIVRE PASSIONNÉ, PASSIONNANT, ÉMOUVANT, ÉRUDIT.

                                                                                                      UN TOURBILLON DE MOTS ET DE SENTIMENTS

Hugues

* orthographe rectifiée (1990)

 

10 septembre 2016

Erri De Luca, « Le plus et le moins », 14,50€

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Gallimard, 14,50€

Erri délicat…

En achéologue du détail, Erri De Luca décrit des instants fondateurs qui expliquent ce qu’il est : digne, dense et discret.

Avec des mots délicats, il émeut, amuse, enchante dans cet autoportrait pointilliste où il sauve ses souvenirs du pilon.

Il relève ce qu’il doit à ses parents, à son père dont il a reçu « l’usage de l’effleurement » du monde, lui qui est resté un fils, « une branche sèche » ou à sa nonna qui l’ennuyait en lui parlant de ces personnes disparues jusqu’à ce qu’il comprenne qu’elle lui « faisait savoir qu’il était cette foule. »

Il évoque aussi les gens blessants qui l’ont poussé à ébranler « patiences et évidences » avec l’acharnement tranquille de l’homme révolté.

Il parle bien sûr de la lecture et de l’écriture, lui, le taiseux, l’ouvrier, qui s’est mis à écrire « pour forcer les verrouillages qui l’entouraient. »

Il y aurait encore tant à dire sur ce livre généreux, optimiste (il faut lire son discours à la jeunesse à la fin de l’ouvrage) et combattif* où il raconte son expérience de la liberté pour nous montrer la voie en alpiniste qu’il est.

CE LIVRE EST UNE DELICARESSE.

Hugues

* Orthographe rectifiée (1990)

Lorris MURAIL, Douze ans, sept mois et onze jours

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Pocket Jeunesse, , 13,90€

Après un énième match de baseball raté par Walden, son père, exaspéré, l’abandonne dans une cabane au milieu d’une forêt du Maine (celle chère à Thoreau…) quand il a douze ans, sept mois et quatre jours.

Qu’est-ce qui peut pousser son père à faire ça ?

A douze ans, sept mois et onze jours, il saura.

C’est toute l’histoire de ce THRILLER haletant où le lecteur, comme Walden, comprend peu à peu que la réalité est toujours trompeuse, que les êtres sont toujours plus denses que ce qu’on pense, que la nature peut être aussi dangereuse que protectrice et qu’un père peut être un loup pour un fils…

POUR LE PLAISIR DE SE FAIRE PEUR

Hugues

15:29 Publié dans Jeunesse | Lien permanent | Commentaires (0)

08 septembre 2016

Shots, Guillaume GUERAUD, Le Rouergue

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Grand format à 19,80 €

Un auteur redoutable et incontournable chez les ados (Je mourrai pas gibier, Déroute sauvage, Plus de morts que de vivants...) qui nous revient chez les adultes avec un roman original : un "polar-photo"... mais sans les photos ! Vous comprendrez pourquoi en le lisant. A vous de jouer.

Bénédicte

27 août 2016

Sam Millar, Un sale hiver

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Seuil, 21,50€

UN ROMAN NOIR BIEN SOMBRE ÉCLAIRÉ PAR UN HUMOUR CINGLANT

Tous les codes du genre sont au rendez-vous !

Un privé au grand cœur (« sérieux avec désinvolture » comme il dit) est ballotté, malmené par l’enquête (pleine de rebondissements bien sûr) qu’il croit pourtant mener.

Évidemment, il est du genre à foncer dans les guêpiers qu’il se jure de toujours éviter.

Entre ripoux, mafieux, tueur en série, scène de boucherie (!), vengeance, cliente magnifique forcément source d’ennuis, énorme récompense qui renflouerait enfin des caisses éternellement vides, coups bas et soucis familiaux, il se fraie un chemin chaotique vers la vérité.

Sans jamais faire de compromis, il enquête dans les recoins les plus sombres d’une société irlandaise pourrie jusqu’à l’os en lançant des répliques pleines d’ironie et de provocation qu’on imagine dites avec un petit sourire en coin (de ceux qui tiennent à distance ou qui appellent les claques…).

Tout le monde en prend pour son grade !

JUBILATOIRE ET RYTHMÉ. UN RÉGAL DU GENRE !

Hugues

 

25 août 2016

Station Eleven, Emily ST. JOHN MANDEL

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22€, Rivages

Une petite catastrophe tue un grand nombre de gens. Quelques années plus tard, dans un monde désertifié où la nature reprend sa place peu à peu (pensez à Tchernobyl), une troupe de théâtre itinérante joue du Shakespeare aux survivants et aux suivants. Des personnages qui ont un passé et du corps, une belle histoire avec du suspens, de la poésie et de la profondeur. On est bien servis avec ce très bon roman !

Romain

24 août 2016

Lucie PIERRAT-PAJOT, Les mystères de Larispem (tome 1 : Le sang n’oublie jamais)

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16€

OYEZ, OYEZ !

Dans ce livre :

  • Paris n’est plus Paris mais Larispem (son nom en argot des bouchers) et la Tour Eiffel n’y est pas encore construite ;
  • vous apprendrez l’argot des bouchers donc ! Celui qu’on parlait déjà en 1899 et qui perdure ;
  • vous vivrez en 1899, dans une société où les bouchers forment l’élite ;
  • les Communards l’ont emporté et ont fondé une cité-état et égalitaire dirigée par une femme !
  • vous verrez comment Liberté et Egalité peuvent s’opposer ;
  • un écrivain, Jules Verne est le guide spirituel de tout un peuple (c’est vraiment une fiction donc !), ou presque…

 

Mais surtout vous y suivrez les aventures de trois jeunes personnages entre magie et cambriolages, entre complots des aristocrates chassés du pouvoir et amitié, entre automates et sociétés secrètes…

ALORS N’HESITEZ PAS !

Génial à sang pour sang…

Hugues

 

18:59 Publié dans Jeunesse | Lien permanent | Commentaires (0)

Jean-Claude Mourlevat, Mes amis devenus

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17,90€

UN NOUVEAU MOURLEVAT !

« Que sont mes amis devenus » chantait déjà Rutebeuf au 13ème s… Jean-Claude Mourlevat se lance lui aussi dans cet exercice de style du roman de souvenirs et LE REUSSIT.

Il y a une vie dans ce roman :

celle de Sylvère, le narrateur sexagénaire. Il l’évoque par touches en attendant Jean qu’il connaît depuis la 6ème, dont il était alors « tombé en ami comme on tombe amoureux » et en espérant Lours’, Luce et surtout Mara qu’il n’a pas revus depuis 40 ans…

Il y a de la vie dans ce roman.

Toujours aussi drôle et émouvant, Mourlevat saura toujours sécher vos larmes naissantes d’un sourire au fil des portraits du mélancolique Lours’, de Luce et son sourire qui vous en rappellera forcément d’autres, de Jean grâce à qui il ne s’est jamais plus senti seul dans sa vie depuis qu’il l’a rencontré et de Mara, une « flamme faite femme »…

Hugues