Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

25 octobre 2016

Jean-Claude Lalumière, Le Front russe

9782253160113FS.gif

LGF/Livre de Poche, 6,10€

UNE SATIRE DÉSOPILANTE et PATHÉTIQUE PLEINE D'IRONIE

« Toute vie est bien entendu un processus de démolition » lançait Fitzgerald au début de La Fêlure.

Voilà ce que peint J.C. Lalumière à travers les mésaventures de son héros qu'on pourrait lire comme les confessions de celui qui se demande : « Comment j'ai pu en arriver là ? ».

Plein de rêves, un novice débarque à Paris et dans le monde du travail et ira de gaffes en échecs.

Avec un grand sens du BURLESQUE et beaucoup humour, J.C. Lalumière raconte cette épopée désopilante et pathétique, donc, dans l'univers kafkaïen de l'Administration Française (l'enlèvement d'un pigeon mort sur une fenêtre, un discours à photocopier, un debrief de voyage, une simple réunion...).

En effet, il raconte l'arrivée de cet antihéros (le genre qui reçoit toujours un 11/20 « ce qui correspond à la note attribuée au candidat dont le jury pense qu'il pourra convenir s'il n'en vient pas de meilleur avant la fin des épreuves », « à la frontière de l'échec ») dans une annexe du Ministère des Affaires étrangères et ce, en décrivant les vagues de fond qui déterminent ses choix et ces « grains de sable » qui l'empêcheront de transformer sa vie en destin.

Ce récit plein de nostalgie (où les souvenirs apparaissent comme des bagages trop encombrants), très drôle et qui demande si « l'histoire d'une vie, c'est toujours l'histoire d'un échec » mesure l'écart entre les aspirations d'un doux rêveur (peuplées de voyages et de stabilité) et la réalité (telle cette vue dégagée sur les toits qui lui « évoque douloureusement la perspective prometteuse qui [lui] fut un temps ouverte »).

Hugues

Extrait p. 27 :

« L'hydre à deux têtes, l'une qui souriait [le père], l'autre qui pleurait [la mère], m'apparaissait soudain bien inoffensive. J'ignorais que la distance n'empêcherait en rien son ingérence. Le grain de sable était déjà dans le mécanisme que j'avais patiemment assemblé durant des années, depuis l'instant où la vie dont je rêvais avais pris forme dans mon imagination enfantine jusqu'au bouclage de ma valise la veille de mon départ. »

p. 60 : A propos du chef du bureau des pays en voie de création/section Europe de l'Est et Sibérie

« Le bateau n'était pas sans capitaine à bord, ce qui eût été plus facile, mais naviguait avec un capitaine qui mettait le cap sur les récifs tandis que l'équipage manœuvrait discrètement pour les éviter. »

13 octobre 2016

Jean-Claude Mourlevat, Anne-Laure Bondoux, Et je danse aussi

1507-1.jpg

Pocket, 6,95€

« Et je danse aussi » est un roman épistolaire 2.0 à l'heure d'Internet. Un formidable roman.

Le lecteur découvre au fil des pages la correspondance électronique d'un écrivain qui n'écrit plus (et surtout pas aux fans trop pressantes) et une fan trop pressante qui lui a envoyé une grosse enveloppe intrigante.

Il commence par lui écrire qu'il ne lui écrira pas et ils finissent par s'écrire comme on se soigne, comme on soigne.

Rapidement, on tourne les pages comme on ouvre des mails tant attendus, avec la même urgence qu'ils ont à s'écrire. Le roman semble alors se faire sous nos yeux dans un jeu de question-réponse où tant de questions restent sans réponses (« les poussins égarés ») par oubli ou parce qu'ils ne sont pas prêts.

On découvre tous les personnages par effraction à travers leurs mails mais on voit surtout la complicité se tisser, la suspicion et la peur s'évaporer et le vent reprendre ses tours.

On se passionne pour cet homme et cette femme blessés, « pétrifiés », deux personnages VIVANTS qui parlent de nous en nous parlons d'eux, pour les majuscules pleines de vie, pour les parenthèses, les points de suspension, tous ces poussins perdus qu'on ne rattrapera jamais, pour les histoires surtout et la manière dont on les raconte.

Drôle et émouvant. Un régal.

Hugues

 

12 octobre 2016

Jean-Claude Lalumière, Ce Mexicain qui venait du Japon et me parlait de l'Auvergne

1507-1.jpg

Arthaud, 17€

VOYAGE EN DRÔLERIE

Le héros, Benjamin Lechevalier, n'aurait peut-être pas dû répondre à cette petite annonce pour devenir « Chargé de l'accroissement du rayonnement extérieur de la Cité de l'Air du Temps » afin d'engager le pays sur les rails de la Modernité. Mais heureusement pour le lecteur, il l'a fait !

Toujours avec les mêmes ingrédients que dans ses trois premiers romans, multipliant les quiproquos, Jean-Claude LALUMIERE transforme les travers de notre société en sourires grâce à un humour tendre et mordant.

Il croque (mord) ici le monde du tourisme comme dans son 2ème roman (après l'administration et le monde de l'art) et signe une satire en jouant (il joue beaucoup avec ses personnages qu'il ne ménage pas) sur le décalage entre les attentes de son héros qui rêvait de « partir vers l'inconnu et de se laisser surprendre » et la réalité.

De transports en commun en transports amoureux, le narrateur vit, comme à chaque fois avec LALUMIERE, ses premières expériences dans le monde du travail comme « un échec, une sanction, un transfert sur le Front russe » (titre de son 1er excellent roman).

JAMAIS DANS LA DÉPLORATION ET TOUJOURS RÉJOUISSANT.

EMBARQUEZ IMMÉDIATEMENT !

Tendre et mordant. Tordant.

 Hugues

 

L'AUTEUR SERA A LA LIBRAIRIE JEUDI 3 NOVEMBRE A 18H !

05 octobre 2016

Leïla Slimani, Une chanson douce

chanson douce.jpg

Gallimard, 18€

UNE EXPÉRIENCE DE LECTURE SOUS TENSION PASSIONNANTE

Le lecteur commence cette Chanson douce sans se méfier et c'est un uppercut qui l'accueille dès les premières lignes : deux enfants sont assassinés par leur nounou.

Et pourtant, impossible, dès lors, de lâcher la description des relations d'abord parfaites entre Louise qui semble sortie d'un conte de fées et ses employeurs, deux « bobos » en pleine réussite qui lui abandonnent de plus en plus de tâches. « Ils réagissent comme des enfants gâtés, des chats domestiques » sacrifiant leur liberté à leur confort.

Un début aussi tragique rend toute la suite indispensable, passionnante. On traque alors, impuissant, la boule au ventre, les signes annonciateurs du déraillement grâce aux informations distillées çà et là.

On découvre des relations perverses, "habitées de pensées accusatrices puis de culpabilité", où chacun profite de l'autre, où chacun dépend de l'autre.

Sadisme, hypocrisie, espoirs déçus et non-dits servent de toile de fond à ce conte cruel qui propose une critique froide et violente d'une société froide et violente.

UN THRILLER DOMESTIQUE GLAÇANT ET EXCEPTIONNEL

Hugues

 

14 septembre 2016

Songe à la douceur, Clémentine BEAUVAIS

Clémentine Beauvais.jpg

Sarbacane, Coll. Exprim', 15,50€

ET SI VOUS RECROISIEZ VOTRE ADOLESCENCE ?

Que faire des braises du passé ?

S'y réchauffer ? S'y bruler* ?

S'enflammer dans tous les cas...

Voilà ce qui arrive aux deux personnages très attachants de cette réécriture du roman et de l'opéra Eugène OUNÉGUINE.

Malgré ce carcan, Clémentine BEAUVAIS fait preuve d'une liberté enivrante et fait palpiter les mots tout autant que les cœurs.

Ses phrases légères, virevoltantes, sans jamais être creuses, ses vers libres et une typographie expressive rendent parfaitement compte des changements de rythmes propres aux histoires d'amour.

Grâce à un style inventif permanent, l'auteur réactualise les aventures du cynique Eugène et de la rêveuse Tatiana avec cette romance 2.0 qui se tisse à l'époque de Facebook, Skype et des SMS capables de rendre omniprésent l'absent. Il avait le dessus. Il ne l'a plus quand ils se retrouvent 10 ans après...

On suit ces deux héros comme on regarde un funambule dans le ciel en se demandant, avec l'auteur, si on a déjà vécu ou si on vivra un jour qui nous résume.

UN LIVRE PASSIONNÉ, PASSIONNANT, ÉMOUVANT, ÉRUDIT.

                                                                                                      UN TOURBILLON DE MOTS ET DE SENTIMENTS

Hugues

* orthographe rectifiée (1990)

 

24 août 2016

Jean-Claude Mourlevat, Mes amis devenus

mes amis devenus.jpg

17,90€

UN NOUVEAU MOURLEVAT !

« Que sont mes amis devenus » chantait déjà Rutebeuf au 13ème s… Jean-Claude Mourlevat se lance lui aussi dans cet exercice de style du roman de souvenirs et LE REUSSIT.

Il y a une vie dans ce roman :

celle de Sylvère, le narrateur sexagénaire. Il l’évoque par touches en attendant Jean qu’il connaît depuis la 6ème, dont il était alors « tombé en ami comme on tombe amoureux » et en espérant Lours’, Luce et surtout Mara qu’il n’a pas revus depuis 40 ans…

Il y a de la vie dans ce roman.

Toujours aussi drôle et émouvant, Mourlevat saura toujours sécher vos larmes naissantes d’un sourire au fil des portraits du mélancolique Lours’, de Luce et son sourire qui vous en rappellera forcément d’autres, de Jean grâce à qui il ne s’est jamais plus senti seul dans sa vie depuis qu’il l’a rencontré et de Mara, une « flamme faite femme »…

Hugues

23 août 2016

L'île du Point Némo, Jean-Marie BLAS DE ROBLES

blas de robles poche.jpg

8.10 € - Points

JULES VERNE, CORTO MALTESE & les E-BOOK. Dans un roman plutôt libre, dans la forme comme dans le fond, l'auteur nous transporte historiquement et physiquement d'un bout à l'autre du monde. Son univers se situe donc entre Jules Verne, Google et Corto Maltese si ça parle à quelqu'un. Difficile à résumer tant les histoires s'imbriquent et s'emballent, disons tout à la fois que c'est jubilatoire, que le bonhomme a de la suite dans les idées, que c'est parfois assez kitsch, c'est un jeu, c'est référencé... Ne pas bouder son plaisir.

Romain

22 août 2016

Histoire du lion Personne, Stéphane AUDEGUY

audeguy.jpg

17€ - Seuil

 

La belle et émouvante histoire d'un lion du Sénégal qui arrive en France. Ironiquement, c'est aussi une migration forcée. Belle langue qui nous berce du début à la fin de ce roman et qui offre au travers de cette histoire une vision plutôt réaliste de ce monde du XVIIIème siècle. De nombreux personnages finement décrits s'attachent au destin de cet animal qui révèle parfois chez le lecteur une certaine mélancolie. Un beau texte qui nous dévoile un monde d'humains, finalement guère plus enviable que le nôtre. Les fins de règne...

Romain

21 août 2016

l'archipel d'une autre vie, Andreï MAKINE

makine.jpg

18€ - Seuil

Un roman très imprégné par les vastes espaces de la grande steppe. C'est une histoire de chasse à l'homme, mais bien sûr, c'est aussi une histoire de fuite. Les personnages convoqués sont autant d'expressions des sentiments et émotions humaines : du bon, du très bon, du médiocre aussi et du franchement mauvais bien sûr. Une très belle réflexion sur la liberté et ce qu'elle exige des hommes.

Romain

20 août 2016

Le grand jeu, Céline MINARD

minard.jpg

18€ - Rivages

Céline Minard sort Le Grand Jeu


Une femme choisit de s’isoler dans un cadre sauvage et grandiose au cœur d’un cirque montagneux où elle souhaite vivre dans une solitude réglée : elle s’y est préparée, elle commence son entraînement.
La montagne, lieu du désert et du dépassement offre un cadre à la mesure de cette prise de distance : âpre et rugueux, austère et digne, difficile et exigeant. Ainsi son refuge, loin du monde et seul foyer, semble à la fois d’une sobriété exquise et d’une efficience mûrement réfléchie. Alors tout peut commencer, le travail quotidien et les temps bien aménagés (jardin, violoncelle, marche…) permettent une quiétude et livrent l’accès d’un cheminement spirituel fait de résonances et de questionnements philosophiques. Ces exercices, l’apprivoisement de son environnement et sa description minutieuse, nous projettent parfois dans une tranquillité de l’âme que ne renieraient pas les maîtres bouddhistes. Ce texte mêlant poésie, méditation, symbolisme, onirisme, élévation du corps et de l’esprit, symbiose avec le monde animal n’est pas sans évoquer les écrits de René Daumal (Le Mont Analogue), Erri de Luca (Le poids du papillon), Samivel ou Bernard Amy (L’Alpiniste), pour ne citer qu’eux. Pourtant, avec légèreté, il s’affranchit aussi de ces parentés grâce à l’écriture enlevée et comme nettoyée, purifiée par l’altitude, de Céline Minard.  Belle, fluide, percutante et très précise, elle permet d’être tout à la fois poétique et imagée, un peu à la façon dont pourrait fonctionner un objectif grand angle ou bien macroscopique (de superbes passages !). Toute à sa tentative de confrontation et d’accomplissement (personnel, physique et spirituel), notre personnage va cependant faire une rencontre et vivre là un bel imprévu. Après avoir patiemment et raisonnablement posé des jalons, borné son domaine et accordé sa vie, une perte de repères s’augure : comment accepter ou refuser la situation, et que faire ? Voilà ce dont il s’agira dans la deuxième partie de ces pages brillantes.

Romain

Article publié dans le n°179 de la revue Page des Libraires