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07 novembre 2016

Kenneth COOK, Le blues du troglodyte

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J'AI LU, 6,70€

Contre le blues, lisez « LE BLUES DU TROGLODYTE »

Direction Ginger Whisker, en Australie, où les hommes s’enterrent dans les maisons troglodytes du titre pour échapper à une chaleur écrasante et à la poussière omniprésente des mines environnantes.

Toutes les conversations y commencent par une bière ou un whisky même celles qui débutent par : « J’ai décidé de lever le pied avec la bibine. »

C’est dans ce trou que le lecteur suit le flux de pensées de Simon Crown, le narrateur. Et c’est incroyable « les trucs qui [lui] passent dans l’esprit entre deux phrases », lui qui fait si souvent le contraire de ce qu’il pense.

Mais quand on voit ce qui se passe quand il fait autrement…

TOUJOURS AUSSI REJOUISSANT !

Hugues

28 octobre 2016

Louis SACHAR, Le Passage

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Folio Junior, 6,70€

Il y a deux catégories de lecteurs : ceux qui adorent ce roman et ceux qui ne l’ont pas encore lu.

Après avoir fini les aventures de Stanley Yelnats (et vice-versa… :) dont la malchance qu’il croyait congénitale sera la plus grande chance, vous n’aurez qu’une envie : offrir ce livre pour faire découvrir ce personnage si attachant.

UN GRAND LIVRE POUR UNE HISTOIRE INCROYABLE

La (pour une fois !) géniale 4ème de couverture de l’ancienne édition :

« Méfiez-vous.
Ce livre va vous donner envie de croquer des oignons crus.
De creuser des trous de 1 mètre 50 de diamètre et de profondeur.
D'escalader une montagne.
De respirer vos vieilles baskets.
De mettre du rouge à lèvres avant de partir à la poursuite de vos ennemis.
De tout savoir sur l'existence oubliée de votre arrière-arrière-arrière-grand-mère.
Et ce, même si vous haïssez les liliacées, même si vous détestez l'alpinisme et les travaux forcés, même si vous avez les cosmétiques en horreur autant que les odeurs de pieds, et même si la généalogie et les histoires de famille vous indiffèrent profondément.
Maintenant, pour échapper à tout cela, c'est simple. Il vous suffit de ne pas imiter les centaines de milliers d'adolescents américains qui ont déjà plébiscité ce livre, et de ne jamais ouvrir ce livre. »

Incitatif, non ?

A lire aussi du même auteur Chemins toxiques

Hugues

 

13 octobre 2016

Courtney Maum, Je suis si bien ici sans toi

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Rue Fromentin, 22€

IL N’Y A PAS D’AMOUR HEUREUX… Vraiment ?

Immédiatement, on pense au poème d’Aragon martelant qu’il n’y a pas d’amour heureux.

« Rien n’est jamais acquis à l’homme Ni sa force / Ni sa faiblesse ni son cœur Et quand il croit / Ouvrir ses bras son ombre est celle d’une croix » semble rappeler Courtney MAUM à travers des personnages incarnés auxquels on s’attache très vite.

Peintre qui commence à avoir du succès, vivant avec son amour de jeunesse (devenue avocate) et leur fille de 5 ans dans un Paris cossu, Richard, le narrateur, a tout pour être heureux et c’est peut-être bien ça le problème !

Les coulures sur les lettres colorées de la couverture annoncent une triste réalité : celle d’un couple dont la complicité s’est dissoute dans le quotidien, celle d’un homme qui a transformé l’or en plomb.

Avec une écriture pleine d’énergie, ironique et tendre, l’auteur questionne notre époque en disséquant l’intimité de ce trentenaire qui cherche à rétablir (établir ?) un équilibre perdu ou, du moins, conforme à ses rêves, ces possibles, qu’il oserait enfin investir.

Un magnifique portrait de sa femme se dessine alors en creux dans ce moment de vérité qu’ils vivent.

Des flash-backs, les épreuves endurées, la politique internationale ( !) et le solide couple que forment ses parents emmènent le narrateur (et le lecteur) aux mêmes conclusions qu’Aragon…

« Ce qu’il faut de regrets pour payer un frisson »

Hugues

 

06 octobre 2016

Le gang de la clef à molette, Edward ABBEY

 

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12€, Gallmeister

Dans la catégorie excellent roman noir. Drôle, sympathique et plein d'humour. Une bande d'écolos s'attaque aux ouvrages d'art et aux bulldozers dans l'Ouest américain... Et pour ne rien gâcher, Edward ABBEY et ses descriptions fabuleuses aux manettes. Atmosphères inoubliables. Un bijou !

Romain

01 octobre 2016

Les aventures de Charlotte Holmes

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Pocket Jeunesse, 15,90€

LES CHIENS DES BASKERVILLE NE FONT PAS DES CHATS...

Imaginez Sherlock Holmes et Watson aujourd'hui bénéficiant « d'avantages qu'ils n'avaient pas connus : l'électricité, les frigos... et Mario Kart ».

C'est ce que fait Brittany Cavallaro grâce aux aventures passionnantes de Charlotte Holmes, l'arrière-arrière-arrière-petite-fille du plus célèbre des détectives et de son comparse Jamie Watson, le descendant du non moins célèbre mémorialiste.

Ils ont 16 ans, sont dans le même lycée privé et devinez quoi... ont à élucider un MEURTRE dont ils sont les principaux suspects.

Elle est froide, méthodique, aussi pertinente qu'impertinente et quand elle ne danse pas sur de la musique pop, elle étudie la vitesse de coagulation du sang à l'intérieur d'un iPhone ou apprend aux enfants qu'elle garde à faire des bombes avec des crottes de chien et à les cacher...

Comme le narrateur, le lecteur « voit 90% du tableau, mais les 10% qui expliquent tout lui échappent » tout au long de l'histoire qui ne se dénoue que dans les dernières pages ?

Vous apprendrez à faire parler les gens en les obligeant à vous corriger, à repérer un mensonge comme on reconnaît une trace d'animal et à quoi ressemble le sourire de Jamie d'après Charlotte...

Mais comme tout bon enquêteur, vous douterez...

CHARLOTTE HOLMES ? HERITIERE DE SHERLOCK OU DE MORIARTY ?

Trouble et passionnant. Un régal à sang pour sang.

Hugues

 

25 septembre 2016

Thomas Cook, Sur les hauteurs du mont Crève-Coeur

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Seuil, 21,50€

UN ROMAN NOIR QUI ENLACE LE LECTEUR COMME UN NŒUD COULANT.

Encore une plongée troublante dans les pensées d'un personnage complexe imaginé par Thomas Cook. « Voici le récit le plus tragique qu'il m'ait été donné d'entendre. Toute ma vie, je me suis évertué à le garder pour moi » nous annonce-t-il au début.

Le narrateur, Ben, devenu un médecin de campagne respectable et apprécié, est hanté depuis trente ans par le visage de la magnifique Kelli. Des souvenirs vivaces, trop lourds, le ramènent sans cesse dans l'Amérique profonde et raciste des années 60 quand ils étaient au lycée. Il l'aimait. Elle en aimait un autre. Elle voulait « vivre à la hauteur de ses aspirations, regarder la vie en face, avec courage, voire de temps à autre, héroïsme » et surtout ne pas passer sa vie à se décevoir ou à avoir peur. Elle n'en n'aura pas l'occasion. On l'a agressée. Le coupable a été emprisonné et la vie a continué. Mais voilà, cette histoire semble n'avoir aucun sens. « Qu'allait faire Kelli sur le Mont Crève-Coeur ce jour-là ? Qu'allait-elle chercher, seule, dans la profondeur de ce bois ? »

Ben, poussé par sa conscience et par les questions suspicieuses de son ami Luke, interroge son passé, comme un historien (le premier métier de Thomas Cook), pour essayer de comprendre ce qui s'est vraiment passé en établissant l'hypothèse la plus cohérente possible tout en sachant qu'il n'a pas tous les éléments pour remplir les blancs et que « l'imagination s'obstine à tout réécrire ». Comme lui, le lecteur voit se dessiner peu à peu le motif principal du puzzle malgré les pièces manquantes au gré du récit de ses souvenirs.

Une enquête minutieuse sur le Mal, sur la genèse de la haine, sur des vies brisées par des paroles assassines, par la suspicion.

Extrait: Ben vient de retirer un ver d'un patient : Il s'était contorsionné sans fin à l'extrémité des pinces en métal et, tandis que j'observais son corps verdâtre se tordre avec malice, il en avait émané un terrible sentiment de menace comme si, dans ce petit parasite, j'entrevoyais la malveillance qui se tapit au cœur de la vie. Et alors, je me suis dit : "Le voilà, le mal."

Glacé, on referme ce livre construit comme une confession.

Brillant et bouleversant.

Hugues

18 septembre 2016

Steve Toltz, Vivant, où est ta victoire ?

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Belfond, 22,50€

UN ROMAN MÉLANCOMIQUE QU'AURAIT PU ÉCRIRE CIORAN.

Un écrivain raté, devenu flic par dépit, décide d'écrire la vie de son ami Aldo, un loser qui va d'échec en catastrophe, « toujours la mauvaise personne dans le mauvais costume énonçant la mauvaise phrase sur le mauvais ton au mauvais endroit au mauvais moment à la mauvaise personne ou aux mauvaises personnes, exsudant en permanence l'instabilité ».

Il y a une nécessité, une urgence à écrire chez Steve Toltz. Avec un style excessif, foisonnant et dense, il signe un roman passionnant et, malgré la noirceur du sujet, on lit à gorge déployée. L'auteur semble affronter ses grandes terreurs à travers les mésaventures de son héros qui brave l'absurdité du monde et de l'existence, comme le Sisyphe de la couverture, en se demandant : "Vivant, où est ta victoire ?".

On finit le roman épuisé et repu, résonnant de questions et d'éclats de rire.

UNE ÉPOPÉE JUBILATOIRE OÙ TOUS LES CHEMINS MÈNENT À L'HOMME.

Hugues

10 septembre 2016

Erri De Luca, « Le plus et le moins », 14,50€

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Gallimard, 14,50€

Erri délicat…

En achéologue du détail, Erri De Luca décrit des instants fondateurs qui expliquent ce qu’il est : digne, dense et discret.

Avec des mots délicats, il émeut, amuse, enchante dans cet autoportrait pointilliste où il sauve ses souvenirs du pilon.

Il relève ce qu’il doit à ses parents, à son père dont il a reçu « l’usage de l’effleurement » du monde, lui qui est resté un fils, « une branche sèche » ou à sa nonna qui l’ennuyait en lui parlant de ces personnes disparues jusqu’à ce qu’il comprenne qu’elle lui « faisait savoir qu’il était cette foule. »

Il évoque aussi les gens blessants qui l’ont poussé à ébranler « patiences et évidences » avec l’acharnement tranquille de l’homme révolté.

Il parle bien sûr de la lecture et de l’écriture, lui, le taiseux, l’ouvrier, qui s’est mis à écrire « pour forcer les verrouillages qui l’entouraient. »

Il y aurait encore tant à dire sur ce livre généreux, optimiste (il faut lire son discours à la jeunesse à la fin de l’ouvrage) et combattif* où il raconte son expérience de la liberté pour nous montrer la voie en alpiniste qu’il est.

CE LIVRE EST UNE DELICARESSE.

Hugues

* Orthographe rectifiée (1990)

27 août 2016

Sam Millar, Un sale hiver

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Seuil, 21,50€

UN ROMAN NOIR BIEN SOMBRE ÉCLAIRÉ PAR UN HUMOUR CINGLANT

Tous les codes du genre sont au rendez-vous !

Un privé au grand cœur (« sérieux avec désinvolture » comme il dit) est ballotté, malmené par l’enquête (pleine de rebondissements bien sûr) qu’il croit pourtant mener.

Évidemment, il est du genre à foncer dans les guêpiers qu’il se jure de toujours éviter.

Entre ripoux, mafieux, tueur en série, scène de boucherie (!), vengeance, cliente magnifique forcément source d’ennuis, énorme récompense qui renflouerait enfin des caisses éternellement vides, coups bas et soucis familiaux, il se fraie un chemin chaotique vers la vérité.

Sans jamais faire de compromis, il enquête dans les recoins les plus sombres d’une société irlandaise pourrie jusqu’à l’os en lançant des répliques pleines d’ironie et de provocation qu’on imagine dites avec un petit sourire en coin (de ceux qui tiennent à distance ou qui appellent les claques…).

Tout le monde en prend pour son grade !

JUBILATOIRE ET RYTHMÉ. UN RÉGAL DU GENRE !

Hugues

 

25 août 2016

Station Eleven, Emily ST. JOHN MANDEL

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22€, Rivages

Une petite catastrophe tue un grand nombre de gens. Quelques années plus tard, dans un monde désertifié où la nature reprend sa place peu à peu (pensez à Tchernobyl), une troupe de théâtre itinérante joue du Shakespeare aux survivants et aux suivants. Des personnages qui ont un passé et du corps, une belle histoire avec du suspens, de la poésie et de la profondeur. On est bien servis avec ce très bon roman !

Romain